J'écoute : Havoc Arise - TV Glory Je regarde : Dans le vide Je lis : Un livre sur la photographie numérique Je joue : Avec mes nerfs Je cite : "Ce n'est pas que j'ai l'esprit mal tourné, c'est juste de la frustration mal répartie" L'intéressé se reconnaitra Je pense : Ou pas... Qui a dit que je pensais? Je rêve : En images subliminales (mis à jour lundi 26 juillet 2010 à 10:59)
"Mais non, tu n'as pas la vie sexuelle de Maïté, vu comme elle tient le manche de ses casseroles je suis convaincu que c'est une cochonne. Je sais pas, tu as plutôt celle de ... Soeur Emmanuelle, elle est morte.
- Oh pitié, un peu de respect...
- Merci de t'insurger pour Soeur Emmanuelle et pas pour ce qu'il vient de me dire."
Je colle sur ma chemise noire une petite étiquette carrée arborant un numéro, comme un code barre de deux chiffres qu'on m'aurait gravé sur la peau. Ce soir, je ne suis que cela, un nombre, à défaut d'une valeur sûre, une valeur chiffrée : 46. Quarante-six bonnes raisons de me demander ce que je fais ici, sous cette déferlante de bruits, de lumières, d'odeurs et de corps. Bienvenue dans le monde des baisers sans saveurs aux relents d'éthanol, d'acétone et de souffre. Ce monde où l'inconsistance arbore les formes les plus insoupçonnées, les plus suaves et vous ennivre ; les sirènes ici vous attirent avec des verres pour mieux vous y noyer.
Je déambule donc au milieu de ces chiffres, m'attardant au passage sur la courbe d'un charmant 3 et frôlant le nombre avec la désagréable mais omniprésente sensation d'être un curieux numéro. "Qu'est ce que je fous là?" Par chance, le 40 est parti nous chercher de quoi nous désaltérer tandis que le 42 s'est lancé dans un long monologue avec le 43 que je suis distraitement du bout du 6 :
"De toutes façons, les choses ne sont simples pour personne, ce n'était pas le bon et puis c'est tout. Ca viendra tu verras. Trouver chaussure à son pied prend du temps".
Et je me dis avec un sourire que c'est d'autant plus vrai quand on est un 46. Le passage du "facteur" les interrompt : message du 20 à l'intention du 42 "Je te trouve charmant, ça te dirait de prendre un verre avec moi?". Je commence à me dire que tout cela était une très mauvaise idée.
2 : 30. 4 cocktails, 2 mains aux fesses et une dizaine de messages plus tard ; j'ai une terrible envie de réaliser un grand numéro d'illusion et de m'éclipser rapidement de cette soirée définitivement étrange et désespérante. Je prétexte donc une migraine soudaine et j'évoque l'harassante journée qui m'attend avec force détails qui finissent par convaincre tout le monde. Ca va, qui ne s'est jamais gonflé en 53... Je quitte donc ce lieu et cette soirée, qui me paraissent de plus en plus étrangers, décollant mon étiquette avec autant de bonheur que s'il s'agissait de quitter une paire de chaussures trop serrées : je laisse le 46 entre la ligne 2 et la ligne 13...
Le lendemain, hormis un début de gueule de bois qui s'annonce mémorable, je n'ai jamais été aussi heureux qu'on m'appelle par mon prénom. Et puis, le point positif de cette soirée, c'est qu'il me paraît désormais bien moins grave de ne pas avoir tiré le bon numéro, et dans tous les sens du terme...
Sommes nous seuls dans l'univers?
Nous ne sommes au fond pas différents des étoiles.
On est né au hasard dans l'espace de la fusion d'atomes. Nous sommes le résultat d'une attraction magnétique, compliquée, presque mystérieuse.
Et puis nous brillons timidement, un peu au hasard, noyé dans l'immensité de l'espace et la multitude de nos semblables. Notre pleine lumière ne se révèle que dans l'obscurité de notre solitude, à l'abri des autres rayons. Parfois elle se dissimule derrière des nuages, parfois elle se tait devant des soleils mais elle persiste encore et encore...
A l'intérieur de nous, se forment des éléments complexes que l'on dissipe tout autour de nous ou que l'on garde jalousement. On n'a pas percé le tiers de nos mystères on ne soupçonne pas l'étendue de nos capacités. Pourtant, nous existons depuis la nuit des temps...
Nous ne sommes pas composés de la même manière, nos histoires sont différentes et rendent nos auras changeantes. Tantôt bleues, tantôt blanches, tantôt rouges... Mais nous demeurons semblables : de gigantesques boules d'énergie éphémères. On se consumme dans nos émotions et nos rêves comme elles se consumment dans leur radioactivité. On brûle d'amour, on brûle les étapes, on rend nos vies nébuleuses et notre lumière surpasse l'entendement.
On ne brille si fort que pour oublier que nous ne sommes qu'une succession d'atomes, et de gaz. De l'air en fusion... Jusqu'à ce que l'hydrogène nous manque, jusqu'à ce que l'on s'éteigne.
C'est de l'astre liquide qui coûle dans nos veines, et des novas qui brillent dans nos yeux certains soirs. Car si nous ne sommes que poussière, il ne faut pas négliger que nous sommes de la poussière d'étoiles...
Je veux bien avoir l'esprit, il faut le dire, un peu mal tourné mais qu'on ne vienne pas me faire croire que je suis le seul à avoir souri en voyant ces deux inconnus de dos... Comme quoi tout dépend de l'angle de vue.
Il est assis dans une position qu'il veut sans doute nonchalante, un air amusé passe sur son visage en un léger sourire et il termine d'une ultime gorgée le verre qu'il repose sur la table basse. Je l'observe un instant, en coin, analysant chaque lueur de son regard, chaque fossette que font naître ses mimiques comme si la moindre de ses pensées s'y dissimulait en un langage inconnu, perdu depuis longtemps. Trop longtemps. Il fait semblant de ne rien remarquer mais ses gestes se font plus éloquents à mesure que nous avançons dans cette partie d'échec inconsciente où les rois sont détrônés par les fous et où les tours s'écroulent aux pieds des pions. J'en oublierais presque que je tripote nerveusement mon verre depuis cinq bonnes minutes. J'essaie maladroitement d'attirer la conversation sur le passionnant choix de peinture pour mon salon, à ce qui attirera la lumière, à ce qui ne donnera pas une sensation de lourdeur à la pièce. Il s'en fout visiblement éperdument et je dois bien avouer que moi aussi.
Les premières notes de "Clubbed to death" me tirent de la concentration anxieuse dans laquelle je me retranche pendant qu'il me détaille la décoration de l'appartement de son ex, feignant tant bien que mal de faire croire que je l'écoute attentivement. La musique me ramène presque malgré moi à la scène du film "Matrix" qu'elle accompagne : "La Matrice est un système, Neo, ce système est notre ennemi ... Est ce que tu m'écoutes, Neo, ou est ce que tu regardes cette femme avec la robe rouge?". Et c'est cette femme en rouge qui vient se glisser entre les notes de la musique qui continue de se déverser dans le salon, emportant tous les autres bruits ; cette femme qui n'existe pas mais qu'on a rendue parfaite, idéale. Parce qu'on a tous peuplé nos vies de ces chimères qu'on a idéalisé, oui, on a tous peuplé nos vies d'hommes ou de femmes en rouge.
Je repose alors les yeux sur lui, qui continue de me parler, les tonalités graves de sa voix se mêlant à la perfection avec les accords qui s'égrennent toujours. Et je comprends alors pourquoi l'écho de son timbre fait courir sur ma peau ce léger frisson, pourquoi chacun de mes nerfs s'électrise sous chacun de ses regards et pourquoi j'ai la curieuse envie d'anesthésier ma langue sur ses lèvres. Car depuis quelques instants, je ne peux m'empêcher de voir le blanc de son polo se muer en un rouge tenace...
Un de ces grands repas mondains auxquels il a bien fallu m'habituer, le temps semble s'étirer à l'infini pour atteindre des proportions insoupçonnées. Désagréable sensation d'être derrière une vitrine. "Sois gentil, dis bonjour à la dame", et je souris distraitement en tâchant de réprimer du mieux possible mon envie de bailler. La discussion prend négligemment le chemin du colonialisme et je sens très vite que je vais passer un mauvais quart d'heure, connaissant d'avance le point de vue des personnes se trouvant à la table. Le colonialisme comme haut fait militaire et humain en faveur des pauvres imbéciles incultes des pays sous développés. Et voilà, c'est parti... Je prie intérieurement pour qu'on évite de me demander mon avis mais de toutes façons, comment un jeune homme de dix-neuf ans pourrait-il avoir ne serait ce qu'un semblant d'idée de ce que peut être la réalité coloniale et ses impacts sur la société actuelle: "Trop jeune, ne s'intéresse qu'aux filles et à l'alcool à son âge, écoute de la musique de sauvage dans une Punto". Et soudain, petit drame dans la tranquillité assommante du dîner et la torpeur dans laquelle je suis en train de sombrer : M. Machin, homme de très grand renom s'il en est, qui a forcément très bien réussi dans la vie s'il est assis à cette table, a la très mauvaise idée de remarquer la présence de ce qui fait office de potiche décorative à l'autre bout de la table :
"Et vous Olivier que faites vous dans la vie?" Sourire crispé :
- Je suis étudiant en biologie, j'entre en deuxième année de faculté - murmures d'approbation - et parallèlement je suis caissier"
"Vraiment. Et quels sont vos... projets d'avenir? Car j'imagine que vous n'allez pas rester caissier toute votre vie? place-t-il avec un sourire ironique et un petit reniflement méprisant qui mettent sérieusement à l'épreuve toute la patience que j'ai mobilisée durant ce repas.
Les gens ont toujours éprouvé ce besoin, particulièrement en ces débuts d'année, de dresser des bilans et des projets d'avenir comme si tout était figé et rangé dans un tiroir et comme si on ignorait pertinemment que la grande majorité de nos projets allaient être remis en cause au cours de l'année par de fâcheux contretemps et autres incidents du genre. J'aurais d'ailleurs nécessairement droit à la question fatidique "Et avez vous quelqu'un dans votre vie? Vraiment? Mais comment se fait-il?" parce qu'il est vraiment de bon ton de compléter votre bilan professionnel d'un bilan sentimental. Par chance, un bon repas mondain n'en serait pas un sans un grand cru très cher sur lequel on s'extasie après l'avoir longtemps tourné dans la lumière de la lampe 18ème héritée du grand oncle Louis. Ça aidera à faire passer la pilule.
"A vrai dire, j'aimerai être gigolo de luxe pour des octogénaires richissimes, car je considère que c'est réellement un métier d'avenir quand on voit la frustration sexuelle dont beaucoup d'entre vous à cette table font preuve. Et puis, quitte à être homosexuel, autant que ce soit rentable et que l'on soit son propre patron. De plus, avec un cachet d'ecstasy ou deux, je suis sûr que je ne différencierai plus un vieil homme du fabuleux étalon noir avec lequel je me suis envoyé en l'air la semaine dernière et qui m'a littéralement fait, et excusez moi si je n'emploie pas la tournure de Proust, grimper au rideau. D'autre part, avant que vous me le demandiez et bien que je ne vous interroge pas sur votre position favorite quand vous procréez mensuellement après avoir placé les enfants chez la nourrice le samedi soir à huit heures précises, je suis célibataire car je préfère mener une vie active de débauche et que j'ai toujours prôné la polygamie sous toutes ses formes..."
Et j'imagine aisément la dinde au curry qui vient d'arriver, fumante, sur son plat d'argent s'effondrer sur le sol, le regard ahuri et scandalisé de tous les convives et le silence de mort qui suivrait une telle tirade.
"J'aimerai être professeur dans un lycée" ai-je répondu avec un sourire.
Je vous souhaite donc, après un tel repas, une excellente année 2009, qu'elle soit vide de bilans en tous genres mais qu'elle vous permette de profiter pleinement de votre vie comme vous l'entendez. Beaucoup de bonnes choses à vous.
Et bien voilà...
Dans une semaine, je tiendrai en main un trousseau de clés et j'apposerai en bas d'une page une ultime signature. Bien sûr, ça ne signifie pas grand chose, ce ne sont que des symboles. Mais voilà, c'est fait...
Dans une semaine j'emménage dans mon appart, mon chez moi...
So cool...
Je m'interrogeais encore ce matin sur mon avenir professionnel (un rien obsessionnel? non non juste préoccupé) quand je fus saisi par plusieurs articles de journaux.
Ma réflexion présente se mêlant aux souvenirs d'une bande dessinée que j'aime beaucoup :
Une conclusion s'imposa : je rentabiliserai mes études en devenant un despote raciste et assassin, métier qui semble particulièrement en vogue ces derniers temps, et ce n'est pas Vladimir Poutine qui me contredira.
Mon cher futur collègue, après avoir exercé une pression sur les journalistes reconnue, dénoncé ses opposants et les avoir fait arrêter pour des motifs vaseux, être impliqué de façon plus ou moins directe dans le meurtre d'une journaliste, a en effet été chaleureusement félicité de son succès aux élections législatives (64% des suffrages) par notre président qui déclare "n'avoir aucune leçon à faire à la Russie au sujet des droits de l'Homme".
Sans parler de la montée d'André Bugnon et Christoffel Braendli en Suisse, si si, 29% des voix aux élections législatives tout de même, avec des slogans accrocheurs et des affiches non moins appréciables :
Enfin l'image est tout de même bien choisie, je suis heureux de savoir qu'il y a 29% de moutons en Suisse. J'espère que pour Noël ils sortiront le pack collector avec les affiches homophobes. De quoi pimenter un peu mon manuel de "Devenir un despote raciste pour les nuls".
Mon futur métier a de beaux jours devant lui...
Begin...
Ceci n'est pas le récit incroyable d'un destin extraordinaire,
Pas plus que le catalogue désabusé des frasques d'un suicidaire,
Ni même un recueil de recettes de ma grand mère (eh oui j'envisage facilement votre déception)
Vous ne trouverez pas ici le titre "Martine à la plage"
De même que je n'envisage pas d'y apposer la mention "satisfait ou remboursé".
On appelle ça blog,
C'est une déformation voulue de la réalité (en tous cas de la vôtre),
Un attentat à la censure,
Un capharnaüm de mots et d'images,
C'est peut être du morse...
En gros, vous ne savez pas dans quoi vous venez de mettre les pieds et ça tombe très bien...
Parce que moi non plus.
Bienvenue dans mon monde.
...End